
Arrêt sur image ; image de ce pont apparemment si banal, taillé dans un béton gris et immuable se dressant massivement d’un bout à l’autre de la ville indifférente.
Arrêt dans le temps ; quand le bleu vif du ciel percute le gris délavé de l’armature imposante. A cet instant précis, la symbiose entre nature et béton transforme l’insignifiante structure urbaine en véritable oeuvre.
Lumière ; lumière du ciel bleu, lumières de la nuit aussi. Lumière blafarde de réverbères isolés, lumière crue d’une station essence à la tombée du jour, lumière rassurante d’une vitrine dans une rue déserte de New York.
Pour peindre de tous ses yeux, Urban parcourt les villes et banlieues de France et d’Amérique avec pour seul bagage son carnet de croquis. Pas de lourdes valises à traîner dans les aéroports, mais des centaines d’esquisses de modestes réverbères, de bâtiments et ponts gigantesques, d’usines abandonnées à la rouille.
Au retour de ses voyages, il s’enferme dans son atelier où, nuit et jour, il ébauche, mélange, dilue, peint, efface et recommence. Si jamais le résultat ne le satisfait pas, la moutarde lui monte au nez, et seule, une petite virée en moto lui passera ses nerfs.
Il est heureux. Il sait qu’il a de la chance de vivre sa passion.
Après tout, c’est lui qui dit « J’aime les gens passionnés. Passionnés de jardinage, moto, cuisine, peu importe. Leur passion animera leur vie et celle de tout ceux qui les entourent ».
Corine G. Reis
New York City.